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mercredi 28 février 2007
4 commentaires

HOMO MILITANTUS

Moins discipliné, plus exigeant, volontiers bloggeur, le militant politique nouveau est arrivé. Mais la pérennité des récentes adhésions dépendra de la capacité des partis à se convertir à la démocratie participative dans leurs pratiques internes, une fois les élections terminées.

Drôle de paradoxe : alors que les Français n'ont jamais été aussi méfiants envers le clivage gauche/droite et le système partisan bipolaire, l'UMP et le PS ont enregistré un flux record d'adhésions : le parti sarkozyste revendique officiellement 300 000 affiliés (le triple de 2004), quand le camp de Ségolène Royal a doublé son effectif en une seule année (environ 220 000 personnes). Alors, regain de l'engagement ? Renaissance du militantisme après une longue période de crise ?

Il convient de relativiser cette vague de ralliements, à plusieurs points de vue. Tout d'abord, être simple adhérent, par définition, ce n'est pas militer activement. Ensuite, les nouveaux encartés ne sont pas une génération spontanée qui s'éveille miraculeusement à la politique et va faire baisser l'abstention. Les responsables du recrutement des "nouveaux" à l'UMP ont bien noté que les adhérents de 2006 étaient pour beaucoup d'anciens membres du RPR, ou des sympathisants déjà acquis à la cause. Côté PS, 90 % des nouveaux inscrits avaient déjà adhéré à une structure politique. Enfin, c'est surtout la possibilité de désigner directement son candidat qui a motivé les électeurs à sauter le pas pour s'encarter.

Ce récent "boom" ne doit pas occulter une tendance lourde et ancienne de crise du militantisme en France. Longtemps, les partis n'ont pas eu cette tradition et logique de "masse" (hors PC qui revendiquait 1 million de membres après-guerre) et ont eu beaucoup de mal à recruter. Même si les chiffres récents montrent une belle hausse, les grands appareils de nos voisins anglais, allemands ou espagnols franchissent allègrement la barre du demi-million d'affiliés. Est-ce à dire que les Français ne croient plus en l'action collective ? En réalité, l'engagement politique traditionnel a progressivement évolué vers un militantisme "moral" ou citoyen, qui prend la forme d'opérations à court terme, à l'efficacité immédiate, sur une cause précise (lutte contre CPE, le SIDA, les OGM, le droit au logement, etc.) Enfin, l'engagement contemporain se définit, selon les sociologues, moins par l'affiliation que par l'action. Les militants ne veulent plus aujourd'hui déléguer leur parole à des représentants (cf explosion des blogs) et sont réticents aux adhésions de longue durée ("plutôt le post-it que le timbre sur la carte"). Dans cette perspective, l'idée d'un désintérêt pour la "chose publique" que d'aucuns ont prédit avec la chute des idéologies, est largement à remettre en cause...

Plus exigeants

Tracter sur les marchés, encoller les affiches, faire du porte-à-porte, passer des centaines de coups de fil pour chasser les signatures d'élus...Ne réaliser que ces tâches traditionnelles, plutôt ingrates, les militants actuels ne s'en contentent plus et veulent avoir leur mot à dire. Même si contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas forcément les jeunes qui ont majoritairement adhéré (à titre d'exemple, la moyenne d'âge des nouveaux encartés PS avoisine les 43 ans), le regain d'engagement des 18-35 ans apparaît incontestable, par rapport aux précédentes campagnes. Et cet électorat-là représente un public plus exigeant, moins rompu aux disciplines de vote. Leur arrivée a également coïncidé avec l'émergence de la netcampagne, encouragée par les appareils partisans, fournisseurs de "kits militants". Car pour les partis politiques, Internet présente plusieurs avantages : outre recruter plus facilement des adhérents, permettre des votes à distance (ça fait des économies), il offre aux militants, lassés des longues réunions de sections, l'occasion de contribuer à l'élaboration des programmes, via les fameux débats participatifs de Ségolène Royal, par exemple. Les blogs et les listes de diffusion par mail contribuent à constituer des stratégies de réseaux, professionnels notamment, qui permettront aux partis de toucher plus facilement le monde de l'entreprise à l'avenir.

Reste à relativiser les effets du regain militant induit par la "net-campagne". Une grande partie de l'électorat reste écartée de la blogosphére et des médias en ligne. Car sur les quelque 30 millions d'internautes que compte l'Hexagone, moins de 10% se sont déjà rendus sur un site politique institutionnel. Et 30 % des Français seulement considèrent encore aujourd'hui Internet comme un média crédible...

Enfin, quid de l'engagement politique au sein des partis des internautes une fois passées les échéances électorales et retombée l'effervescence inhérente à l'enjeu ? Pour transformer l'essai, les appareils politiques devront continuer à se servir de l'interactivité qu'offre le web pour offrir de nouveaux moyens à leur sympathisants de participer à leurs actions et programmes, au risque de redevenir des clubs d'élus entourés de candidats aux postes et aux investitures. Mais force est de constater que le militantisme électronique, boosté par l'élection présidentielle, a permis à beaucoup de citoyens de se réapproprier le débat public. Et forts de ces échanges, les nouveaux adhérents risquent bien de revendiquer un nouveau pouvoir de contrôle sur leurs leaders, quand hier, simples petites mains ou chair à meeting, ils devaient se contenter d'applaudir ou de faire retentir les cornes de brume...


 

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LEEPYHOLLOW
a dit à
mardi 6 mars 2007

militant...gosh !!....terrible qualification !....quand j'étais minos (sounds weird !), j'étais militant giscardien...j'ai collé des affiches en 81 (ça sonne comme la retraite de russie ...oui, je sais, le petit télégraphiste de Varsovie !! comprennes qui pourras !).....quelle est belle, l'entousiasme de la jeunesse !! ...on tracte (monsieur Druon, ziouplai, c'est français ?), on milite, on se fait insulter (distribuer des professions de foi porte de Clignacourt en Avril 81, c super rocken'roll !! yes !!....secouru par des flics qui vous escortent juske dans les beaux quartiers , franchement ! lol !).....j'aui bcp d'abnégation pour les purs, les honnêtes, les uniques, les militants de base, de baise.....chapeau bas, mesdames, messieurs.....;

 

Qui©he
a dit à
jeudi 8 mars 2007

Après la guerre froide, la guerre des blogs. Nous en avont eu un échantillon pendant la guerre en Irak, pendant l'élection Bush-Kerry, pendant la guerre au Liban et now nous avons celle des jeunes gens modernes surs de leurs convictions à qui ça suffisait pas de plomber les repas de familles 3x par an.

 

Eric
a dit à
vendredi 9 mars 2007

:D ca sent le vécu, ca Qui©he ! Toi aussi, tu as eu une adolescence très à gauche dans une famille plutôt "bien sous tout rapport". Genre, "t'inquiète chérie : ton tshirt Che, tes docks et ton envie de voter Jospin, ca te passera en même temps que l'acné" ?

 

Qui©he
a dit à
vendredi 9 mars 2007

Euh non pas du tout, chez moi on parlais jms politique et jms religion. C'était même pas un taboo, juste qu'on pensait pas à en parler. Et pourtant on suivait tout, très bizarre à expliquer en fait. J'ai du voir des débats poliques à la télé à l'age de la maternelle et pourtant j'ai jms entendu quelqu'un donner son avis sur ci ou ça. (rire)